05 septembre 2009
Ad Augusta Per Angusta
A peine arrivée dans l'enceinte du lycée, je jubilais.

Masochism.
Mercredi 2 Septembre, Une heure du matin.
Dans approximativement neuf heures je monterai dans la voiture, et trois heures plus tard je serai au lycée, « à la maison ».Je crois que toutes mes affaires sont prêtes, il ne me reste plus qu'à attraper ma brosse à dents, je pars un peu en voyage. Je n'ai pas pas envie d'y aller, mais j'anticipe. Cet été j'enviais cette petite chambre que j'aurai enfin pour moi toute seule. Pour la première fois de ma vie je serai réellement chez moi, personne d'autre n'entrera dans mes 8m² que ceux à qui j'aurai ouvert la porte. Seulement, j'ai peur d'être trop seule, justement. Je plains ceux qui vivent seuls, dispersés aux quatres coins de la ville. Happiness only real when shared. J'espère juste que ma chambre ne sera pas trop loin de celles de mes fellow khâgneux, que ma fenêtre ne donnera pas sur un mur ou un arbre mais plutôt sur une étendue tondue. J'espère que les murs ne seront pas trop noirs de blancheur, que mon sourire sera de ceux qu'on ne sent pas venir.
J'espère que Herbert trouvera sa place. Il est très épanoui, depuis que je l'ai rempoté.
En essayant de trouver un stylo bic bleu qui marche à mettre dans ma trousse, j'ai été surprise de voir ce que celle-ci contenait. Elle était pleine à craquer, mais je n'avais pas un stylo. Je n'avais jamais fait attention à ça, parce que les objets qui la garnissent me sont trop familiers pour que je les remarque. Et quand il a fallu que je les retire de la trousse, quand j'ai commencé à me dire qu'il serait peut-être plus judicieux de les laisser sur mon bureau à A. plutôt que de m'encombrer de ces gadjets, je n'ai pas pu. Une taupe kinder en chemise hawaïenne revendeuse de lunettes, souvenir de ma terminale et de Roméo et Juliette, un écureuil tampon, lui aussi rescapé de la terminale, que mes voisins m'empruntaient pour couvrir leurs marges de flocons de neige agrémentés de « Merry Christmas » au mois de Mai, un caillou ramassé à Omaha Beach par ma correspondante suédoise « I chose a red one, because it's stained with blood », un badge « Student of the month » acheté par une amie dans un surplus, je l'ai porté, à l'époque où j'aimais narguer les autres, une pierre achetée dans une foire expo quand j'étais petite, 20 francs, elle avait une signification, je me rappelle que le choix avait été difficile. Aujourd'hui j'aurai pris une émeraude, parce que ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin, et pas cette horrible petite chose saumon dont je n'arrive pas à me résoudre à me séparer. Un bitognau en fer trouvé sur une table en hypokhâgne, tellement incongru que je l'ai mis dans ma trousse, un sabre-laser Kellogs que les garçons de ma classe collectionnaient en 3éme et avec lesquels on se battait en option techno, une serpillère dans le visage, mon précieux. J'ai le sentiment que si j'enlève une seule de ces choses de ma trousse, j'échouerai lamentablement en khâgne, dans ma vie, je n'arriverai à rien, j'oublierai comment écrire.

30 juillet 2009
Liste de lecture

26 juillet 2009
L'ENS les doigts dans le nez.
"Alors, il fut saisi par un de ces frissons de l’âme où il vous semble
qu’on est transporté dans un monde supérieur. Une faculté
extraordinaire, dont il ne savait pas l’objet, lui était venue. Il se
demanda, sérieusement, s’il serait un grand peintre ou un grand poète ;
— et il se décida pour la peinture, car les exigences de ce métier le
rapprocheraient de Mme Arnoux. Il avait donc trouvé sa vocation ! Le
but de son existence était clair maintenant, et l’avenir infaillible." Flaubert, L'éducation sentimentale
Intermède culinaire
Extraordinary recipe of the now Famous
Micro-waved heart-shapped star-crossed cakes
(le rose est de sortie)
-125g de Chocolat
- 50g de Farine
- 100g de sucre
- 100g de beurre
- 3oeufs
Faire fondre le chocolat et le beurre dans le micro-onde. Mélanger.
Melanger les oeufs (il faut les casser avant hein) au sucre, ajouter la farine à la barbare.
Melanger le tout en faisant splash splash avec le fouet parce que c'est drôle.
Mettre dans des moules en forme de coeur.
Micro-onder le tout 5 minutes (attention ça crame vite).
Si vous avez l'âme cucul-la-praline vous pouvez découper les choses en deux, genre "broken heart".
Succès garanti.
25 juillet 2009
Reminiscence
Il est 23h40, veille de concours blanc de français, mais pour plus très longtemps. Je ne révise pas. J'ai eu le sentiment qu'on allait tomber sur Eluard, Aragon ou Jacottet en commentaire de texte alors j'ai lu deux ou trois poèmes pour la forme et puis voilà. C'est le dernier concours blanc, on voit les habitués, qui n'ont plus peur de demander leur plan/problématique à leur voisin, parce qu'ils ont compris que le regard que le prof semble constamment porter vers eux n'est que le renvoi de celui qu'eux mêmes lui lancent toute l'année, que par conséquent il est ailleurs, et que oui, on peut même se passer des feuilles A4. Devoir commun. J'ai le commentaire composé, méthodologie et applications sous les yeux, le livre, celui écrit par M. J. et je ne l'ouvrirai pas. Ou juste un peu. Ici ne pas ouvrir un livre c'est surtout dire qu'on ne l'a pas ouvert. S'il y en a bien un que j'ai ouvert c'est The Secret History de Dona Tartt. Et j'ai terriblement envie d'y jeter un coup d'œil là, juste pour voir. Nous sommes trente à vouloir prendre l'option anglais en khâgne Lyon. Il y a quinze places, en comptant les quatre ou cinq khâgneux qui voudront redoubler. Ce tropisme est probablement dû au retour des Bensimon au pied des petites bourgeoises. Après tout, Jane Birkin est anglaise. J'aurai encore préféré avoir à porter des castagnettes autour du cou pendant toute mon année scolaire plutôt que de me faire compromettre la suivante par un simple effet de mode. Ne sous estimez jamais le pouvoir des ballerines.
C'est reparti pour un tour !
Khâgne Lyon Anglais
=D
=D
=D
=D
(Pour faire court)

=>La photo présage
12 avril 2009
31 mars
La terreur verte, c'est la réinsertion. J'ai passé trois jours à déprimer doucement, pour la simple et bonne raison que j'ai peur du dehors. J'ai peur de ceux qui n'y comprennent définitivement rien, de tous ces faceux sans perspectives. « Comment ça, il vous faut un mot d'absence quand vous manquez un cours ? Mais vous êtes complément embrigadés, vous êtes tous majeurs, vous n'en avez pas besoin ! Révoltez-vous !». Que répondre ? Que ce système nous l'avons accepté, et pis encore, nous l'encourageons ? « Vos profs ne sont bons à rien, ils vous enfoncent un suppositoire, pour l'instant ça fait bien mal, et quand il sera bien profond, alors vous vous sentirez bien supérieurs, alors qu'on a fait que vous gaver de savoir sans vous apprendre à vous poser des questions, c'est ça le problème avec les enseignants qui ne sont pas chercheurs ». Cet exemple assimilant si poétiquement l'hypokhâgne à la sodomie m'a dérouté. J'étais si sûre de moi ! J'aurai eu envie de répondre à ce prof d'histoire de mon ancien lycée que si, on nous apprenait bien à nous interroger, à questionner l'histoire, à voir plus loin que le manuel scolaire, à faire des recherches, à prendre chaque sujet sous tous les angles, à penser, et que cette pensée, justement, nous était bien moins bourrée dans le crâne qu'elle ne l'est au lycée, dans ses propres cours, où il faut apprendre par cœur des dates qui ne servent strictement à rien, tandis que le prof se contente de nous pondre une chronologie bien compacte au lieu de nous enseigner les mécanismes de l'histoire, et que finalement personne ne comprend rien à rien, personne ne vit l'histoire, et personne ne prend la peine de faire de cette discipline des heures de cours passionnantes. Forcément je n'ai pas répondu ça. J'ai dû vaguement nier « oh non je n'ai pas du tout ce sentiment », mais au fond qu'aurai-je pu répondre, face à un prof de lycée qui a tenté de passer l'agrégation 3 fois (4?), se faisant systématiquement truster sa place au concours par des anciens khâgneux ? Que s'ils n'avaient pas eu de profs qui leur apprenaient autre chose que du savoir brut sans nuance ils n'auraient peut-être pas égalé sa grandeur faceuse ?
Le pire c'est qu'il a sûrement raison, à sa manière. L'hypokhâgne m'inquiète, la khâgne m'inquiète.
Elle fait de ma vie quelque chose de trop particulier pour que j'arrive à m'en sortir, à retourner à mon état d'avant. J'ai évolué, et brusquement. Et je ne sais absolument pas si c'est en bien où en mal. Ceux qui prétendent que c'est en mal sont le type d'abrutis qui ne peuvent pas manquer un épisode de plus belle la vie et qui lisent voici comme d'autres lisent politis, ceux qui me disent que j'ai changé en bien sont de ceux qui sont passés par l'hypokhâgne, ou de manière générale des personnes qui ne s'opposent pas à l'éducation, qui ne crachent pas sur la méritocratie, qui n'ont pas la haine parce qu'ils sont eux mêmes des échecs. En suis-je un ?
La fac, je n'y suis pas allé. Je ne sais pas. Et ça m'inquiète, aussi.
Quand je revois les personnes que je fréquentais avant l'hypokhâgne, leurs discussions m'affligent et m'ennuient, je n'arrive pas à trouver un quelconque intérêt dans leurs bavardages qui étaient pourtant les miens il y a moins d'un an. Quand je suis avec mes amis khâgneux, il nous est impossible de parler d'autre chose que de cours, de notes, de littérature, de nos sujets d'histoire ou d'anglais. Nous en sommes parfaitement incapable, et quand nous réalisons que nous ne pouvons faire autrement, nous sommes accablés, submergés par une douce mélancolie : pourrons-nous un jour nous réinsérer ? Lorsque nous rentrons chez nous, nous nous heurtons à des murs, il nous est impossible de retranscrire la formidable aventure à laquelle nous participons, et pourtant, c'est l'hypokhâgne qui nous définit. Il ne nous reste plus qu'à nous taire, en attendant de voir comment cela se passera, à notre sortie. Je cube ?
Dimanche 29 Mars, 23h18
Longtemps, j'ai été incapable de travailler autrement que poussée par l'accablant ultimatum de la date butoir. C'est encore vrai aujourd'hui et pour palier à ce défaut commun à tous les vrais littéraires (sic), j'ai, ces jours derniers, développé une méthode révolutionnaire, digne d'une inscription dans le grand livre des inventions. L'adrénaline provoquée (c), ou comment simuler la date butoir.
Les résultats de cette nouvelle
expérience s'avèrent concluants : ma khôlle d'histoire prévue
pour dans trois semaines est planifiée, ne reste plus qu'à remplir
les trous. Eheheh.
Par contre je n'ai absolument pas
commencé à attaquer la masse de travail qui m'attend pour la
semaine prochaine ahahah. ah.
C. et le revers de la médaille,
Bonsoir.
[edit] Après consultation de mon prof d'histoire, je dois tout refaire.
C'est l'intention qui compte.
02 novembre 2008
J'aime Marguerite Duras.
"Hiroshima, mon amour... Quel étrange cri, disait Marguerite Yourcenar, à propos de ce titre de Marguerite Duras.
Oui,Marguerite Duras, vous savez, l'apologiste sénile des infanticides
ruraux... Marguerite Duras, qui n'a pas écrit que des conneries. Elle
en a aussi filmé. Mais c'est vrai, quel étrange cri : Hiroshima, mon amour. Et pourquoi pas "Auschwitz mon loulou" ?"
Textes de scène, Pierre Desproges
J'ai passé beaucoup de temps à rire de Marguerite Duras, sans jamais avoir rien lu d'elle, sauf un petit extrait présenté par mon prof de français de 3éme dont j'étais raide dingue (ahah) et qui détestait Duras. Moi j'aimais le prof qui détestait Duras, alors finalement, j'ai détesté Duras aussi, sans trop de raison si ce n'est ce petit bout de texte qui parlait d'une dune et de trois personnes qui formaient un triangle. C'est mal. Mais en même temps, ce texte il était vraiment nul. Alors un jour, plus tard, au lycée, avec une copine qui elle aussi riait beaucoup de Marguerite Duras sans jamais avoir rien lu d'elle, on a acheté quelques livres de cette grande ecrivaine (je déteste mettre ce mot au féminin, mais comme je déteste Duras, c'est pas grave), et on s'est bien amusé(es) à en lire des passages à haute voix. On s'est bien amusées tellement c'était mauvais. Des points. Des points partout. Tous les deux mots. Tout le temps. Du Duras quoi. Du Duras. Du Duras plein de répétitions. Des répétitions et des points. Partout. Duras. Hm. Et puis récemment, j'ai quitté le lycée, pour retourner au lycée mais en mieux, et j'ai rencontré E.
E. a eu un prof de français qui détestait Duras. Comme moi. Et comme moi elle admirait beaucoup son prof de français qui osait dire qu'il détestait Duras. Quelle classe ! Et il leur avait fait étudier ça, sous le titre de "de la merde". Forcément, ça crée des vocations ^^
"Une fois assis sur son seau,
il
faisait d'un seul coup, dans un glou-glou énorme, inattendu,
démesuré.
Ce que se retenait de faire le cœur, l'anus ne pouvait pas le retenir,
il
lâchait son contenu"
Marguerite Duras, La douleur.
J'ai encore bien ri de Duras, mais finalement, je n'avais toujours pas lu d'oeuvre (???) intégrale de cette vieille peau alcoolique, et lorsque le tableau de Khôlles de français est arrivé début Septembre, que tout le monde s'est jetté dessus pour attrapper L'écume des jours et autres Liaisons dangereuses, j'ai pris mon p'tit stylo et ai écrit mon nom dans la case "Marguerite Duras". Ahah. Et hier soir, j'ai pris mon courage à deux mains et ai lu d'une traite Moderato Cantabile. Je n'ai pas encore regardé de résumé, ou d'explication de texte sur internet, donc ma compréhension de ce texte est purement personnelle. Et j'ai pas compris grand chose ^^ A un moment j'ai pensé que la femme qui se saoule allait subir le même sort que celle assassinée par son amant, puis je me suis demandée si l'enfant éxistait réellement, puis j'ai pensé qu'en réalité la femme qui se saoulait était la femme assassinée.
Ce qui me chagrine au fond, c'est que je crois que je ne vais plus haïr Marguerite Duras. C'est toujours pareil, quand un truc m'est obscur, quand je ne comprend pas pourquoi un écrivain écrit d'une telle façon ou d'une autre, je me rebiffe, je dis que j'aime pas. Et puis après, quand je cherche à comprendre et que je comprends, bah j'aime. En fait c'est moi qui suis trop nulle, pas la vieille taupe.
Le saviez-vous ? C'est Marguerite Duras qui a inspiré Nicola Sirkis et sa boîte à rythme pour créer Indochine.
Décidément.
(J'aime beaucoup l'Indochine d'avant 1999 ceci-dit ^^)



